Matthieu Léonard (Horeca Brussels): « On se demande pourquoi on se lève le matin »
- Marine Loute
- il y a 2 jours
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Dernière mise à jour : il y a 9 heures
INTERVIEW - Le président de la Fédération Horeca Bruxelles confie à Gondola Foodservice son sentiment d'abandon éprouvé face au comportement de nos dirigeants politiques.

Après avoir interpellé le monde politique dans une lettre ouverte intitulée "Plan Horeca : le contrat est rompu", Matthieu Léonard, président de la Fédération Horeca Bruxelles, nous confie son sentiment d'abandon. Entre frustration, inquiétude et volonté d'être enfin entendu, il revient sur les mesures qui, selon lui, mettent en péril une partie du secteur.
Gondola Foodservice: Pourquoi cette lettre et pourquoi estimez-vous que le contrat est rompu ? Y a-t-il encore possibilité de négociation selon vous ?
Matthieu Léonard, président d'Horeca Brussels: On part du principe qu'en Belgique, la négociation est au cœur du débat démocratique, je crois qu'il y a toujours possibilité de négocier. La raison pour laquelle on a publié cette lettre, c'est parce qu'on estime ne pas avoir été entendu depuis 2020, malgré les réformes du marché de l'emploi. Ces dernières sont certes satisfaisantes pour le monde entrepreneurial en général, mais on retire à l’Horeca toute une série de mécanismes d'aide au lendemain de l'instauration du nouveau système de caisse enregistreuse appelé SCE 2.0.
Donc l'équilibre n'est plus retrouvé puisque la réduction de groupes cibles ONSS qui permettait une réduction de cotisations de l'ordre de 500 euros à 800 euros par trimestre pour les 5 premiers travailleurs à temps plein dans l'HORECA a été débranchée.
Ce fameux système de caisse enregistreuse saute à partir du 1er juillet,et donc ici, on perd 10 à 16 000 euros par an. On n'est pas contre un contrôle ni contre une facilitation du contrôle. Le seul problème, c'est que cela devait s'accompagner de mesures compensatoires. (...) Devoir acheter ce nouveau système de caisse enregistreuse va coûter 1.000 euros à chacune de nos entreprises, c'est injuste.
De plus, les flexi-jobs sont étendus à l'ensemble des secteurs. C'était une mesure implémentée pour l’horeca, pour accompagner la caisse blanche et pour lutter contre la pénurie de personnel. Aujourd'hui, tous les secteurs peuvent disposer de ce mécanisme de flexi-jobs : on utilise nos propres outils, créés à l'origine pour nous, et on les offre aux autres. Forcément, ça dilue notre aide. Je trouve qu’alors il faut une mesure compensatoire.
Ensuite, la TVA reste toujours injuste au sein de l’horeca. Tandis qu’ il y a toute une série de raisons qui font qu'aujourd'hui le monde politique ne comprend pas qu’on souffre terriblement. On se demande pourquoi on se lève le matin pour aller bosser, parce que l'énergie dépensée est radicalement trop élevée par rapport au gain.
Vous estimez que la grande distribution bénéficie d'un avantage puisqu'elle ne doit pas utiliser la caisse blanche, mais les supermarchés disposent déjà de systèmes de caisse extrêmement contrôlés. Ne comparez-vous pas des réalités différentes ?
Je parle de tout le commerce de détail dont nous faisons aussi partie tout comme la grande distribution. Allez demander à un Carrefour ou à un Delhaize de mettre une caisse enregistreuse de 1000 euros par caisse, par point de vente… ça va leur coûter une fortune aussi.
Je trouve qu'aujourd'hui, l’horeca a fait plus d'efforts que bon nombre de nos collègues commerçants qui, eux, ne sont toujours pas ciblés par ça. S’ils veulent aller chercher de l’argent quelque part, qu'ils aillent le chercher partout.
Le système de caisse blanche : soit c'est pour tout le monde, soit c'est pour personne.
Pourquoi un repas consommé sur place devrait-il bénéficier du même taux de TVA qu'un repas emporté ?
On voit des entreprises émergentes du monde du take-away qui sont reliées à des plateformes de livraison qui, elles, explosent littéralement leur chiffre d'affaires, et qui vendent à un taux de 6% la nourriture et les boissons non alcoolisées.
📢 Matthieu Léonard prendra la parole lors du Congrès Gondola Foodservice le 1er octobre
Pourquoi est-ce que chez moi, je dois servir une bouteille d'eau à 5 euros à un taux TVA de 21% quand vous pouvez acheter le même demi-litre d'eau à 5 euros à 6% à côté ?
Il y a un vrai gap entre les deux prétendants… certains take-away ont des marges bénéficiaires hallucinantes. L’horeca demande qu'il y ait un nivellement et qu'on puisse vendre à des taux identiques à celui du take-away. C'est aussi simple que ça.
Vous dites que l’horeca est le paillasson de tous les élus. Estimez-vous que les gouvernements successifs ont délibérément sacrifié votre secteur ? Est-ce que l'État est responsable de tout ?
L'État n'est pas responsable de tout, mais il ne nous aide pas aujourd'hui à entrevoir l'avenir de manière optimiste. Il y a des freins fiscaux qui sont toujours trop importants et malgré les réformes envisagées par l'Arizona, l'effort est insuffisant.
Aujourd'hui, un chef d'entreprise Horeca, qu'il soit chef d'une TPE ou d'une PME ou d'un groupe de restaurants, se demande si ça vaut encore la peine de faire le métier qu'il fait.
Je vais prendre un exemple concret. Le groupe Big Mama qui a ouvert Barracuda, place Flagey, avait envisagé l'ouverture de trois établissements initialement. Et qu'est-ce qu'ils se sont dit ? Ça nous coûte 30% plus cher d'ouvrir à Bruxelles que d'ouvrir à Paris. Les charges sont 30% plus élevées. Donc niet, on n'en ouvre pas deux autres. On va aller voir en Allemagne, on va continuer notre développement en France. Pourquoi est-ce qu'on va aller investir en Belgique alors qu'il y a des freins fiscaux et sociaux si importants ?
Il y a trop de freins. Et ça dégoûte les investisseurs.
Si vous aviez trois mesures à imposer dès demain, lesquelles auraient, selon vous, l'effet le plus immédiat sur la survie des établissements ?
Alors, en l’état, avec les réformes qui ont été engagées, c'est-à-dire l'instauration du SCE 2.0, la suppression de la réduction du groupe cible, l'étendue des flexi-jobs à l'ensemble des secteurs, la première mesure serait une rationalisation des taux de TVA.
Le fait de pouvoir bénéficier d'une réduction d’impôt sur la nourriture, rien que ça, nous permettrait de dégager une marge bénéficiaire qui pourrait effacer la perte liée à ce qu'on est en train de faire.
Mais la réforme fiscale ici, elle envisage quoi à l'horizon 2030 ? Une baisse des charges patronales de l'ordre d'un milliard d'euros.
L'horeca, c'est 5% de l'emploi net dans ce pays. On va bénéficier de 300 à 400 euros de réduction par travailleur. Qu'est-ce que je fais avec 300 ou 400 euros ?
On me demande de payer 1000 euros une caisse enregistreuse et on me fait perdre 10 à 16 000 euros par an de réduction ONSS. En plus, c'est à envisager en 2030, avant, ça sera de manière progressive. Donc, peut-être que l'année prochaine, j'aurai 50 euros, l'année suivante 150, et puis peut-être qu'en 2030, j'en aurai 300 ou 400.
Je trouve ça très bien qu'ils engagent des réformes, mais ce n'est pas suffisant. Alors, le problème est toujours budgétaire et structurel. Et c'est toujours un problème de tax shift.
À un moment, il va falloir renier certaines recettes aussi pour pouvoir les distribuer à un secteur qui est pourvoyeur d'emploi et qui en plus s'adresse à des gens essentiellement peu ou pas qualifiés.
Donc, il faut me donner un coup de main, parce que sinon, l’objectif d’un taux d’emploi de 80 % en Région bruxelloise - que le ministre bruxellois en charge de l’Emploi, Laurent Hublet, chante à tue-tête - restera très difficile à atteindre. Ce n’est certainement pas avec ce qu’on est en train de nous imposer qu’on y parviendra.







