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« Aujourd’hui, on optimise les performances des hockeyeurs grâce à la data »

Dernière mise à jour : 28 oct.

INTERVIEW - Rencontre avec John-John Dohmen, joueur emblématique des Red Lions, sur la manière dont la collecte de données a profondément changé le hockey de haut niveau… Un monde sportif très similaire finalement au monde de l’entreprise.

© Yannick Bertrand.
© Yannick Bertrand.

Avec plus de 400 sélections en équipe nationale, John-John Dohmen est un monument du hockey belge. Champion du monde, vice-champion olympique, il a vu son sport se professionnaliser, s’accélérer… et devenir de plus en plus data-driven. De joueur de légende, il est aussi devenu coach de l’équipe nationale française. À deux semaines du premier Congrès Gondola Foodservice où il interviendra, ce joueur emblématique des Red Lions nous expose la manière dont la collecte de données a profondément changé le hockey de haut niveau. Entretien.


Gondola Foodservice : Quelle place occupe la data dans le hockey de haut niveau aujourd’hui ?


John-John Dohmen : Elle est devenue essentielle. Surtout sur le plan physique. Grâce aux GPS que l’on porte dans le dos, on mesure nos déplacements, notre intensité, notre vitesse. On peut dire si un joueur est en forme, s’il progresse, s’il régresse. Pendant un tournoi, on joue souvent cinq à huit matchs. La data nous permet de voir si on est capable de reproduire les mêmes efforts sur la durée. Et ça, à l’œil nu, ce n’est évidemment pas visible.


Et pendant les matchs ?


En temps réel, le préparateur physique reçoit les données. Il peut dire dans l’oreillette à l’entraîneur : « Tel joueur est à la limite » ou « Il ne donne pas assez ». On peut alors adapter les temps de jeu ou même changer une stratégie. On l’a vécu à l’Euro : un joueur devait finir le match, mais les données montraient qu’il était « cramé ». On a mis un autre joueur à sa place : il a donné une passe décisive et on a gagné dans les dernières secondes.


La data physique permet donc d’anticiper, mais est-ce que cela ne bride pas l’instinct ?


C'est vrai qu’il faut trouver un équilibre. La data, c'est un formidable outil d'objectivation, mais l'instinct du coach reste fondamental. Il y a des choses qu’on ne mesure pas encore : le mental, la concentration. Si un jour on arrive à capter les ondes cérébrales en direct, on fera un bond en avant… mais on n'y est pas. Le ressenti du coach, la connaissance du joueur, restent irremplaçables, même si les données sont devenues un précieux outil d'objectivation et une aide à la décision.


Au-delà du physique, utilisez-vous aussi la data stratégique ?


Bien sûr. Aujourd'hui, on a un vidéo-analyste qui collecte toutes les actions de match. On code chaque mini-action. À l'avenir, on va sans doute utiliser l'IA et des caméras intelligentes pour automatiser ce travail. Personnellement, je regarde aussi beaucoup les statistiques. Par exemple, j'ai remarqué que quand on attaque 10 fois par la droite, on a plus de chances de marquer que si j'attaque par la gauche. Ce sont des micro-détails, mais à haut niveau, ça fait la différence.


Vous étiez réticent sur l’usage des données à leur arrivée, au milieu de votre carrière ?


Complètement ! Je n'aimais pas cette idée qu'on analyse si je cours assez, assez vite, etc… Mais en réalité, la data permet d’objectiver son effort, de mieux se préparer. On peut dire : « Si on atteint les bonnes intensités aujourd'hui, l'entraînement peut durer une heure au lieu de deux. » Et dans un tournoi, ça change tout.


Et si on arrêtait de mesurer les datas ?


Ce serait très difficile de revenir en arrière. On a réussi à quantifier ce qu’il faut pour être au top au bon moment. Sans cela, on serait dans le flou. On pourrait croire qu'on s'entraîne bien… alors qu'on ne reproduit pas l'intensité d’un match. Aujourd'hui, la data nous permet de viser l'excellence, sans brûler les joueurs. C'est du sur-mesure.



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