La TVA doublée sur la restauration à emporter va accabler clients et entreprises
- François Remy

- il y a 4 jours
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L'impôt sur les activités take-away va bondir à 12%, selon les lignes directrices du budget 2026 dévoilées par le gouvernement fédéral. Et la fédération Horeca Wallonie redoute l'impact dévastateur de cette mesure sur un secteur déjà fragile.

Traiteurs, friteries, sandwicheries, livraisons à domicile, hébergements touristiques... la note va être terriblement salée. Ces activités, jusqu'ici protégées par un taux réduit de 6%, subiront de plein fouet la nouvelle donne budgétaire décidée par le gouvernement De Wever, qui double leur taxe sur la valeur ajoutée (TVA).
L'intention du fédéral se montre claire : augmenter les recettes fiscales tout simplement. L'exécutif emmené par le nationaliste flamand a « harmonisé » les multiples TVA dans l'horeca. La règle sera désormais fixée à un taux unique de 12% pour la quasi-totalité des services et produits, à l’exception des boissons alcoolisées (restant taxée à 21%).
Mais derrière cette logique comptable simplificatrice se cache une réalité de terrain mitigée, créant de facto des gagnants et des perdants. Du côté des cafetiers, la nouvelle arrive tel un soulagement, l'application du taux de 12% sur les boissons non alcoolisées concrétisant une revendication vieille de dix ans. Dans le camp des acteurs de la restauration à table, statu quo.
En revanche, pour la restauration à emporter et le secteur de l’hôtellerie touristique, les conséquences s’annoncent redoutables. Ces activités, jusqu'ici protégées par un taux réduit de 6%, subiront de plein fouet un doublement de la TVA à 12%. « Ce relèvement du taux réduit impactera considérablement les entreprises concernées. Pour celles-ci, la décision gouvernementale fédérale est un choc d’une ampleur exceptionnelle », alerte la fédération Horeca Wallonie.
La crainte d'un décrochage des clients
Pour l’organisme de défense des intérêts professionnels, cette quête de nouvelles recettes fiscales par l'État risque de se faire au détriment de la survie des entreprises. L'équation paraît implacable : une hausse de la TVA entraîne mécaniquement une pression sur les prix, qui risque de heurter le pouvoir d'achat des ménages.
Au point que la Fédération Horeca Wallonie craint des « modifications comportementales » dans le chef des consommateurs : moins de sorties, moins de petits plaisirs à emporter et une baisse globale de la fréquentation. Dans un secteur aux marges souvent ténues, cette fragilisation pourrait condamner les établissements les plus vulnérables et détruire de nombreux emplois.
Les analyses sectorielles concluent généralement que la marge bénéficiaire se contracte pour les établissements qui ne peuvent pas tout répercuter sur les prix (zones à forte concurrence, clientèle sensible au prix), tandis que les acteurs mieux positionnés, à l'instar des « restaurants millionnaires », captent une part disproportionnée des gains ou limitent mieux les pertes.
La littérature économique démontre aussi que, lors d'augmentations successives de la TVA dans l'horeca, les propriétaires de restaurants ont augmenté leurs prix bien plus fort qu'il ne le faut pour amortir les coûts engendrés. Sans oublier le fait qu’une baisse temporaire de TVA, si elle est ensuite annulée, peut déboucher in fine sur un niveau de prix plus élevé qu’avant, rendant politiquement et économiquement coûteux tout aller‑retour sur la TVA horeca.
Il convient certes d'attendre toutes les précisions de cette taxation fraîchement revue et corrigée, afin de cerner les subtilités entre qualifications juridiques de prestation de services, caractéristiques des produits, lieu de consommation, règles de ventilation, régimes de franchise.
Mais, face à l'urgence, Horeca Wallonie ne demande pas seulement des éclaircissements, mais des actes. En attendant l'analyse détaillée des textes, la fédération exige la réalisation d'une étude d'impact sectorielle et plaide pour une phase transitoire concertée, seule manière, selon elle, d'amortir le choc pour des milliers d'entrepreneurs wallons.



