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Du fritkot à l’hôtel : le gouvernement De Wever surtaxe, la Chambre demande des comptes

Lors de la plénière dédiée à la déclaration gouvernementale, la réforme fiscale de l’Arizona touchant la consommation a cristallisé les tensions. Si l’exécutif fédéral a défendu un rééquilibrage budgétaire et une réduction de la charge sur le travail, l’opposition parlementaire a dénoncé une explosion des prix du quotidien, du cornet de frites à la nuitée d’hôtel.

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« Vous n’êtes pas un gouvernement de réforme, mais un gouvernement de taxation ». C’est un classique de la politique belge, mais il a rarement eu une saveur aussi amère. Lors de la première partie des débats sur la déclaration de l’exécutif emmené par Bart De Wever (qui, à l’heure d’écrire ces lignes, se poursuivent), le fameux « glissement de la fiscalité » a transformé l’hémicycle en un Café du Commerce où l'on s'envoyait des quolibets et des tarifs de friterie à la figure.


La friterie comme baromètre social


Symbole inattendu mais omniprésent des échanges parlementaires : la friterie. L'harmonisation de la TVA sur les repas à emporter (passant de 6 à 12%) a été un angle d'attaque privilégié pour illustrer la perte de pouvoir d'achat des citoyens. Le Vlaams Belang a mené la charge. Wouter Vermeersch a ironisé sur la multiplication des débats autour des frites en proposant de s’en faire livrer « tant que la TVA n’a pas encore augmenté ». Sam Van Rooy a élargi la critique, en évoquant une inflation globale de coût de la belge vie : « hotels, campings, restaurants, repas à emporter, festivals, culture, sport et cinéma » deviendront tous plus chers du fait du tax shift.


Sa collègue Barbara Pas a fustigé une « augmentation déguisée de la TVA », affirmant que ces mesures frapperont avant tout la classe moyenne flamande. La députée s’est tout autant inquiétée des milliers de réservations d’hôtels déjà effectuées à prix fixes, que les hôteliers ne pourraient plus adapter aux taux également relevés dans ce secteur.


S'interrogeant sur l'explication logique que pourrait bien fournir le gouvernement aux exploitants de friteries, Stefaan Van Hecke (Ecolo-Groen) a accusé la majorité de faire payer « l’homme de la rue » pendant que les montages fiscaux complexes restent intouchés.


La réponse du gouvernement, relayée par le député Axel Ronse (N-VA) très présent au perchoir, s'est voulue pragmatique : c'est un choix de société. « Si je vais manger des frites à Courtrai ce soir, savez-vous ce que mes voisins de table qui paient un peu plus de TVA sur leurs frites me diront », a rétorqué le chef de groupe nationaliste, « ils me diront 'Monsieur Ronse, je préfère de loin que vous préleviez 4 milliards de moins d’impôts sur le travail, afin qu’au final, nous gagnions bien plus que les 1,3 milliard que vous collectez en TVA ».


Un argument appuyé par le ministre Frank Vandenbroucke (Vooruit), qui a tenté de relativiser : « Je paierai peut-être 25 centimes de plus pour mes frites, mais celui qui est à côté de moi avec un salaire minimum touchera 50 euros de plus. Soit 200 fois ces 25 centimes ! De quoi vous plaignez-vous ? ».


Polémique autour du prêt-à-manger vendu en supermarché


Au-delà de l'anecdote culinaire, c'est le flou artistique et l'impact sur l'économie réelle qui, au même titre que les acteurs du foodservice, préoccupent l'opposition politique. Les parlementaires exigent des éclaircissements, les libéraux concentrant leur recherche de précisions sur les produits et biens spécifiques dont la TVA augmentera. « Votre taxe sur les loisirs est une véritable aberration ! Je l’ai vérifiée auprès d’experts. Cette taxe est un véritable casse-tête, car les activités culturelles sont exonérées lorsqu’elles ne sont pas à but lucratif. Vous allez au Kinepolis. Vous payez 12%. N'achetez pas de frites avant, car cela vous coûtera plus cher. Vous étiez censé épargner la classe moyenne », a critiqué Alexia Bertrand (Open VLD), ancienne Secrétaire d'État au Budget et à la Protection des consommateurs.


Pour l’instant, l’opposition ne reçoit pas de réponses détaillées. Selon la députée libérale, le gouvernement serait tout simplement incapable d’en fournir. « Comme toujours, votre accord comporte tellement de zones d'ombre qu'il faudra probablement attendre un accord de circonstance pour tout régler. Vous n'en savez rien. »


Vincent Van Quickenborne (Open Vld) a soulevé un lièvre technique potentiellement explosif. Selon l'ancien ministre libéral, qui cite des sources au sein du SPF Finances, « pour atteindre l'objectif de 222 millions d'euros, il ne suffira pas de compter uniquement sur Deliveroo, Uber Eats et les friteries, mais que les plats à emporter en supermarché devront également devenir plus chers. Cela concerne aussi bien les sushis chez Delhaize que les sandwichs préparés chez Carrefour ». Ce qu'Axel Ronse a catégoriquement démenti, affirmant que toute hausse de TVA sur les repas à emporter se limiter strictement à l’horeca.


Et le député libéral flamand d'insister: « À côté des 222 millions d'euros dans le tableau, il est également indiqué que l'on baisse la TVA sur les boissons non alcoolisées dans l'horeca. Le coût en est de 140 millions. Et donc, il faut récupérer 140 millions plus 222 millions sur les repas à emporter. On ne peut pas faire cela exclusivement via Uber ou Deliveroo. »


Les loisirs taxés de luxe


Le spectre des augmentations s'étend bien au-delà de l'alimentation. Barbara Pas a dénoncé une « taxe culturelle anti-flamande », soulignant que les festivals, concerts et nuitées d'hôtel, secteurs très dynamiques au nord du pays, seront frappés de plein fouet.


Même son de cloche du côté des écologistes. La députée Sarah Schlitz a dressé le portrait d'une classe moyenne et d'une jeunesse pour qui les loisirs deviendront un luxe : campings plus chers, festivals inabordables et tickets de cinéma en hausse.


Pour l'opposition, ce budget est celui des taxes cachées. « Taks, taks, taks, c’est ça l’Arizona », a martelé l'Open Vld, pointant une incohérence entre les promesses de ne pas alourdir la fiscalité et la réalité des tableaux budgétaires. Le Vlaams Belang a renchéri en qualifiant la coalition N-VA/CD&V/Engagés/MR/Vooruit de « gouvernement de taxation », ajoutant pêle-mêle à la TVA sur la restauration ou l'hébergement la hausse des accises sur le gaz, la taxe sur les billets d'avion et celle sur les colis.


Face à ce tir de barrage, la majorité fait bloc autour d'une promesse : la valorisation du travail net. « Nous nettoyons votre désordre », a lancé Axel Ronse aux libéraux, défendant une logique où « celui qui travaille doit être récompensé ».


Reste à voir si, une fois passée l'épreuve du Parlement, le consommateur belge acceptera d'avaler la pilule, plus chère à emporter, en échange de la promesse d'une fiche de paie plus fournie. Comme l'a montré cette première séance plénière: la bataille de la perception ne fait que commencer.

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