Sligro: « Nous ne voyons pas l’amélioration souhaitée du chiffre d’affaires en Belgique »
Malgré des gains de parts de marché et un recrutement client toujours actif, le grossiste néerlandais dédié aux secteurs de la restauration ne parvient pas à redresser la barre chez nous. Au troisième trimestre, les ventes belges reculent à un rythme nettement plus défavorable qu’aux Pays-Bas. Au point que Sligro Food Group anticipe désormais une dépréciation de son activité belge à la fin de l’année.

La Belgique, ce point noir. Sligro Food Group a réalisé 660 millions d’euros de chiffre d’affaires sur le troisième trimestre de 2026, en repli de 0,8% par rapport à un an plus tôt. Sur les neuf premiers mois, le groupe affiche 1,934 milliard d’euros, contre 1,939 milliard sur la même période de 2025. Mais c’est le marché belge qui concentre la faiblesse. Le chiffre d’affaires y est ressorti à 92 millions d’euros, en baisse de 2,2%. Sur neuf mois, il atteint 278 millions d’euros, en recul de 1,8%.
Aux Pays-Bas, la baisse reste contenue à 0,6% sur le trimestre. L’écart ressort donc significatif : la Belgique pèse davantage sur la performance du groupe que ne le suggérait encore le discours de résilience tenu lors des résultats semestriels. « Nous compensons par une augmentation des clients considérable », observait alors le CEO Koen Slippens. Sligro attribue cette évolution à un consommateur particulièrement prudent dans les deux pays. « L’inflation des prix des biens, la hausse des taux d’intérêt et, par-dessus tout, la forte augmentation des prix de l’énergie continuent d’en être les principales causes », expliquent Koen Slippens, CEO, et Rob van der Sluijs, CFO, dans leur communiqué conjoint.
Les fréquentations dans les différents canaux de la restauration ont diminué tout au long de l’année, avec une accentuation pendant l’été. « Cet effet est encore plus prononcé en Belgique qu’aux Pays-Bas », précisent les deux dirigeants. Pour les clients du grossiste, la conséquence est directe : moins de passages, moins de volumes et des revenus toujours sous pression. « Bien que la hausse des prix à la consommation ait partiellement compensé la pression exercée par la baisse des volumes, nos clients continuent de faire face à des conditions de marché difficiles et leurs revenus restent sous pression », écrivent Slippens et van der Sluijs.
Le paradoxe belge : conquête commerciale, atonie financière
Sur le plan purement commercial, Sligro affiche pourtant une dynamique d'acquisition robuste : « Aux Pays-Bas comme en Belgique, nous continuons de gagner des parts de marché », affirment le CEO et le CFO. Le groupe séduit de nouveaux professionnels, mais le panier moyen de sa clientèle existante recule. « En moyenne, nos clients actuels dépensent beaucoup moins que l’année dernière. Nous compensons largement cela par l’acquisition de nouveaux clients », indiquent-ils.
Cette compensation ne suffit pas à inverser la trajectoire financière chez nous, où le modèle économique est précisément calibré sur les volumes : « En Belgique en particulier, où nous nous concentrons sur la croissance des volumes, cette performance relativement solide par rapport au marché ne se traduit pas encore par des améliorations significatives à court terme, que ce soit au niveau du chiffre d’affaires ou des résultats », reconnaissent les dirigeants.
C’est le point de bascule du message d’octobre : les indicateurs commerciaux progressent, mais pas assez vite pour produire un effet visible sur les revenus et la rentabilité.
L’heure de vérité comptable
Face à cette stagnation prolongée, Sligro ajuste son bilan. Le groupe prévoit de comptabiliser, à la fin de l’exercice 2026, une dépréciation d’une partie du goodwill restant attaché à son activité belge. « Étant donné que nous n’observons pas encore l’amélioration souhaitée de l’évolution du chiffre d’affaires en Belgique, nous prévoyons de comptabiliser une dépréciation d’une partie du goodwill restant à notre bilan à la fin de l’année 2026 », annoncent Koen Slippens et Rob van der Sluijs.
Cette décision marque un changement de ton par rapport à l’été. En juillet, Sligro estimait déjà que le marché belge reculait de 3 à 5% en volume, tout en mettant en avant sa capacité à attirer un nombre « considérable » de nouveaux clients. Trois mois plus tard, la direction reconnaît que cette conquête commerciale ne suffit pas à inverser la vapeur.
Une rentabilité 2026 attendue en baisse
Cette charge comptable exceptionnelle pèsera lourdement sur un exercice 2026 dont le résultat d'exploitation est d'ores et déjà attendu en baisse par rapport à 2025. En plus de la conjoncture, les résultats subissent l'augmentation des coûts de service aux Pays-Bas et le traitement comptable IFRS lié à la transition vers un nouvel ERP. Après de longues discussions avec ses auditeurs, Sligro en était arrivé à la conclusion que son nouvel ERP, l’écosystème logiciel centralisant toutes les données et processus de l’entreprise, relevait d'un service cloud. Et c'était bien plus qu'un détail comptable. « Selon les normes IFRS, cela nécessite un traitement différent de celui initialement prévu », expliquait l’annexe des résultats trimestriels en avril. « Cela impactera l'EBITDA 2026 à hauteur de 12 millions d'euros », estimait l'analyste de Degroof-Petercam.
Un impact technique temporaire qui devrait s'inverser au cours des exercices suivants. La direction assume avec pragmatisme ce décalage entre ambition stratégique et réalité du marché. « Bien que nous ne soyons pas satisfaits de ces résultats, nous acceptons les conséquences des conditions de marché auxquelles nous sommes actuellement confrontés », écrivent Slippens et van der Sluijs.
L’efficacité comme bouclier
En attendant une embellie de la consommation, sur laquelle le groupe n’a pas de prise, Sligro accélère là où il contrôle directement ses leviers : sa structure de coûts. « Nous restons fermement déterminés à exécuter les initiatives prévues dans notre plan pluriannuel, en nous concentrant sur les domaines où nous pouvons avoir nous-mêmes le plus d’impact », affirment les deux dirigeants. Pour protéger leurs marges, ils déploient alors un vaste ensemble de réformes structurelles.
Mécanisation, refonte des processus, centralisation accrue, automatisation, intelligence artificielle et externalisation ciblée constituent les fers de lance de cette transformation. « Nous réalisons d’ores et déjà d’importants progrès dans la mise en œuvre de réductions de coûts durables », assurent Slippens et van der Sluijs, qui indiquent que les programmes 2026 sont « en bonne voie » et devraient générer les économies anticipées.
Aux Pays-Bas, l’enjeu est désormais présenté comme une amélioration du mix de ventes, dont les premiers résultats devraient bientôt apparaître. En Belgique, la feuille de route demeure inchangée mais s'inscrit dans un calendrier plus exigeant: « La croissance du chiffre d’affaires sera le socle de l’amélioration de la rentabilité », écrivent les dirigeants.
Un redressement conditionné à la reprise
Pour le marché belge du foodservice, le message est sans ambiguïté : Sligro ne remet pas en cause sa présence ni sa stratégie de conquête, mais il ne promet plus de redressement rapide. Les nouveaux comptes conquis dans ce climat difficile sont appelés à servir de relais dès que possible.
« Nous continuons à gagner de nouveaux clients et, lorsque les conditions du marché s’amélioreront, ils contribueront à une accélération du redressement des revenus », écrivent Koen Slippens et Rob van der Sluijs. Les résultats préliminaires 2026, attendus le 4 février 2027, préciseront l’ampleur de la dépréciation du goodwill belge et donneront une première mesure de l’efficacité réelle du plan de redressement.





