Les grands noms désertent la Galerie Bortier
- François Remy

- 23 juil.
- 3 min de lecture
Le food market censé alimenter la renaissance de l’historique Galerie Bortier souffre d’une hémorragie remarquée : sur les huit établissements de restauration et d’alimentation, trois et non des moindres ont déjà fermé leurs portes en moins d’un an. Échec d’un concept ou facteurs externes défavorables ?

« Principales attractions lors du lancement en novembre – le chef étoilé Yves Mattagne, le chef réputé César Lewandowski et le boucher de renom Hendrik Dierendonck – ont cessé leurs activités », constate le média local Bruzz. Est-ce à dire que la « Galerie gourmande » dévoilée en novembre 2024 ne répond pas aux attentes ?
Serpentant dans des bâtiments au pieds du Mont des Arts, ce passage couvert presque aussi âgé que la Belgique (1847) a été transformé, à la demande tardive de la Ville de Bruxelles, par Thierry Goor et Pascal van Hamme, les créateurs des deux food markets bruxellois Wolf et Fox (SA Choux de Bruxelles). Des « petits artisans de bouche » se sont ainsi invités aux côtés de bouquinistes dans cette galerie depuis toujours liée à l’imprimé, au livre et à l’édition.
Non sans des vents contraires venus de l’administration régionale mais également des collectifs citoyens. Fin de l’année passée, l’inspection d’urban.brussels (anciennement Bruxelles Urbanisme et Patrimoine) avait dressé constat d’une série d’infractions réglementaires, allant de changements de destination et d’utilisation d’espaces à des modifications d’aspect du bien classé sans autorisation préalable.
Une réalisation chaotique ?
La preuve, selon l’association fédérant les comités de quartier Inter-Environnement Bruxelles (IEB) qui a déposé une plainte, « d’un détournement orchestré par la Ville de Bruxelles au profit d’un tourisme orienté estomacs. Un food court dans un écrin de luxe, où survivent quelques librairies, comme dans un décor, et où l’horeca n’a rien d’accessoire ».
Un sacrilège patrimonial, ajoute le travail de mémoire du site citoyen Galerie Bortier, qui resterait anecdotique s’il ne se survenait pas au « au profit d’un secteur, l’Horeca, déjà surreprésenté dans le centre-ville, et avec la complicité active de la Régie foncière, propriétaire de ce bien public, dont elle ne perçoit manifestement rien du caractère unique qu’il représente. »

Ce 17 juillet, la Commission Royale des Monuments et des Sites (CRMS) a d’ailleurs rendu un avis défavorable à la refonte de la Galerie Bortier. Ladite commission regrette que « le manque d’études préalables et l’absence de méthodologie patrimoine répondant à une série de principes, notamment celui de fonder les interventions sur une connaissance approfondie du bien et de son état, d’identifier ses valeurs patrimoniales et de mesurer l’impact des interventions envisagées, pour un bien patrimonial de cette importance ».
Une offre sans demande ?
Possédant déjà une boucherie prospère du côté de la rue Sainte-Catherine dans le centre-ville, Hendrik Dierendonck a expliqué à Bruzz que le concept n’avait pas permis, en l’état, de rencontrer la clientèle espérée. Au modèle de cour ou de marché, le boucher aurait préféré un concept de halles alimentaires (food hall), décloisonnant les commerces et invitant au passage.
Si leurs gérants n’ont pas été interrogés sur les raisons, les locaux vacants du restaurant indien Naanry, du chef étoilé Yves Mattagne et de son fils Sébastien, et du restaurant Polpo, expérience culinaire du chef vu à la TV César Lewandowski, semblent raconter la même histoire.
« Un texte sur la vitrine annonce qu'un nouveau concept ouvrira bientôt », observe la journaliste de Bruzz. Le concept ne ferait donc pas fuir tout le monde. « La meute » de Thierry Goor et Pascal van Hamme ne doit pas manquer de forces vives. Les deux intéressés ne se sont pas encore exprimés. Mais, dans ce cadre si singulier, leur modèle économique peut toujours intéresser, les restaurateurs ou commerçants étant exemptés de loyer en contrepartie d’une commission sur le chiffre d’affaires.
En attendant le prochain acte de cette pièce « histhoreca », une procédure de régularisation suit son cours et « l’édition originale » de la Galerie Bortier attire des visiteurs de Bruxelles et d’ailleurs…




