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« Les chiffres ne mentent pas » : La Patate a récolté 1 million d’euros « en un rien de temps »

il y a 21 heures
5 min de lecture

En trente minutes, la jeune chaîne belge de friteries portée par Average Rob avait déjà atteint son objectif minimal de financement participatif. Quelque 500 investisseurs ont réussi à prendre part à l'opération de La Patate clôturée avant la fin de sa journée de lancement.


« Malheureusement vous arrivez trop tard », annonce le site Winwinner, « la campagne de La Patate a permis de récolter 1 million d'euros en un rien de temps et est donc entièrement financée. » Ce mercredi marquait normalement le premier des 40 jours de crowdlending pour développer l'enseigne de friterie de Robert Van Impe, le créateur derrière la marque de bière Tout Bien. Une opération de placement via des prêts subordonnés au rendement alléchant.


Et l'intérêt s'est montré pour le moins élevé. « L’objectif minimal de La Patate a été atteint en 30 minutes ! », se félicite Winwinner, la plateforme belge qui revendique la mise en relation d’investisseurs disposant d'épargne dormante et d’entrepreneurs aux projets ambitieux. « Pourquoi investir ? C’est un concept évolutif avec un accent sur les emplacements stratégiques, une marque nationale forte, soutenue par Average Rob et des partenaires expérimentés. »


Une argumentation que ne contredira pas Eline Biesmans, la CEO de La Patate, ancienne responsable chez Solucious (pôle foodservice de Colruyt) désormais entourée d’entrepreneurs gantois aguerris. Cette capitaine d'entreprise nous avait confié avant l'inauguration de la première friterie vouloir « reprendre les centres-villes aux grandes chaînes internationales ».


Outre son identité de marque, le jeune enseigne défend un concept de friture moderne, dédié à « la culture belge de la frite », avec une carte restreinte mais « soignée » et une qualité « constante » des produits. La Patate s’appuie aussi sur le développement de la communauté et les activations exclusives.


📢 Average Rob et la CEO de La Patate prendront la parole lors du Congrès Gondola Foodservice le 1er octobre




« Le coût moyen d'une nouvelle succursale: 600 000 euros »


L'ouverture des premières adresses à Anvers et Louvain, ainsi que la prochaine inauguration à Ostende, ont déjà été financées par un prêt bancaire auprès de KBC, complété par les fonds propres. Mais d'ici 2027, les entrepreneurs derrière La Patate veulent déployer l’enseigne dans de nouveaux emplacements à fort passage et à forte visibilité commerciale.


La direction estime le coût moyen d'une nouvelle succursale à 600 000 euros. « Sur ce montant, 100 000 € sont alloués aux travaux de démolition et de rénovation. 250 000 € sont prévus pour l'aménagement intérieur, notamment le mobilier, l'identité visuelle et la peinture. Enfin, 250 000 € sont alloués à l'achat du matériel, dont la friteuse », indique La Patate dans la documentation de son crowdlending.


Le million levé aujourd'hui auprès des 509 investisseurs lors de sa campagne Winwinner permet à La Patate, en complément d'un prêt bancaire de 800 000 euros, de couvrir les coûts totaux de trois succursales. Le néo-frituriste s’attend à clôturer l'exercice 2026 dans le rouge, car l'équipe sera naturellement occupée à couvrir les dépenses qu’imposent le lancement et l’exploitation d’une nouvelle chaîne.


Mais d'ici 2029, La Patate ambitionne de devenir une marque nationale de restauration avec 21 établissements, « où les économies d'échelle, la notoriété de la marque et la standardisation des opérations devraient renforcer sa rentabilité. »


© La Patate
© La Patate

« La Patate pousse vite »


À la veille de son crowdlending, la chaîne belge émergente tenait à partager quelques données pour nourrir l’engouement collectif car la plateforme comptait « plus de 3 000 préinscrits déjà, soit 10 fois le record Winwinner précédent ». Pour rappel, la friterie située sur la De Keyserlei anversoise a accueilli ses premiers clients le 8 mai, suivie par la succursale de la Tiensestraat louvaniste le 14 août. Or, chaque établissement enregistre « plus de 10 000 commandes chaque mois. C'est 30 % de plus que prévu », indique La Patate. « Anvers et Louvain tournent à plein régime ! La prochaine étape cette année : deux nouveaux établissements, à Ostende et dans un endroit encore secret ».


Mais le plan financier de La Patate repose sur une stratégie de croissance éclair misant sur la multiplication par sept de son réseau en trois ans. Ce qui permettrait, selon son tableau prévisionnel, de plus décupler (x13,8) son chiffre d’affaires à près de 25 millions d’euros cumulés. Si cette trajectoire vise un passage rapide à la rentabilité, elle implique des hypothèses opérationnelles agressives : un rythme soutenu de 5 à 7 ouvertures par an, un retour aux bénéfices dès 2027 grâce à une bascule immédiate de la marge brute à 10 %...


Ouvrir ce nombre d’adresses aussi vite implique de dénicher autant d'emplacements « triple A », de recruter massivement et de maintenir un contrôle qualité strict. La moindre faille logistique ou opérationnelle freinera la montée en charge, alors que chaque friterie devra générer en moyenne 1,18 M€ de chiffre d'affaires annuel.


Le plan anticipe un redressement dès la deuxième année, alors même que six succursales ouvriront. Dans la restauration, les coûts de démarrage d'un nouveau point de vente pèsent généralement lourdement sur la rentabilité initiale.


Même à « maturité » en 2029, la marge nette restera faible, l'essentiel étant absorbé par les amortissements des investissements matériels et le service de la dette. Tout retard d'ouverture ou surcoût d'aménagement d'une succursale aura un effet domino sur les flux de trésorerie nécessaires au remboursement des investisseurs.



« Nous avons intégré la scalabilité dans le modèle dès le premier jour »


Notons que l’équipe derrière a identifié les risques inhérents au secteur horeca et souligne la vulnérabilité d'un modèle de restauration rapide en pleine expansion face aux coûts fixes élevés et à la complexité d'exécution opérationnelle.


Le marché belge des friteries et de la restauration rapide est saturé par des acteurs locaux historiques et des chaînes internationales capables de casser les prix ou de dupliquer le concept. Une concurrence agressive limite le pouvoir de fixation des prix de La Patate, ce qui peut compresser ses marges brutes et ralentir l'acquisition de parts de marché.


Le ciblage exclusif d'emplacements en centre-ville ou centre commercial entraîne des loyers fixes très élevés et de fortes tensions lors des négociations de baux. Le point de rentabilité de chaque restaurant en est particulièrement dépendant. Si un emplacement génère un chiffre d'affaires inférieur aux prévisions, son loyer continue de grever la trésorerie globale du réseau.


Le secteur souffre d'un fort roulement du personnel et d'une gestion complexe des pics d'affluence. Un manque de personnel formé ou des lenteurs de service dégradent immédiatement l'expérience client à laquelle tient sensiblement La Patate. Et Average Rob connaît le pouvoir du tribunal du net.


Quant à l’ambition de multiplier les ouvertures à travers la Belgique, cela peut rendre le contrôle de la qualité, de la chaîne d'approvisionnement et des processus beaucoup plus ardu. L'incapacité à maintenir une expérience uniforme génère des inefficacités logistiques, des surcoûts d'exploitation et une baisse d'attractivité globale du concept.


Avant même l’ouverture de la première adresse, la CEO Eline Biesmans nous avait détaillé les réponses opérationnelles prévues par La Patate pour chacun de ces risques sectoriels. En substance : stratégie de volume, de prix modéré, de flux spontané, de simplification du travail en cuisine, de production centralisée et process industrialisés dès le départ. « Ce qui rend cela possible, c'est que nous avons intégré la scalabilité dans le modèle dès le premier jour. Ce qui fonctionne dans le premier établissement doit aussi fonctionner dans le vingtième »




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