Entre hémorragie financière et démêlés judiciaires, Mamma Roma peut-elle encore se redresser ?
- François Remy

- 12 sept.
- 2 min de lecture
La chaîne belge Mamma Roma, autrefois emblématique pour ses pizzas à la romaine, affiche une santé comptable qui met en doute la continuité de ses activités, révèle le quotidien financier L’Echo. Une situation catastrophique à laquelle s’ajoute une plainte pénale pour faux, usage de faux, faux bilan et tentative d’escroquerie, qu’entendent déposer les actionnaires minoritaires.

En l’espace d’une année, l’enseigne a fermé ses restaurants déficitaires : deux à Gand, un à Anvers, ainsi que ses établissements bruxellois du quartier du Châtelain et de la place Sainte-Catherine. Désormais, seules deux pizzerias subsistent sur sept. Il faut dire que Mamma Roma n’a jamais dégagé de bénéfice depuis la publication de ses premiers comptes annuels en 2008. Mais a accumulé 35 millions d’euros de pertes reportées. « Un montant colossal » pour une entreprise de sa taille, détaille L’Echo, d’autant que la société accuse 20 millions d’euros de fonds propres négatifs.
Ce qui veut dire que la Mamma ne pas fait d’argent depuis longtemps. Ou alors que des actionnaires en ont retiré des comptes. Au point que la cession de tous les biens possédés ne suffirait pas à apurer la situation. Or, quand le montant de l'actif net est inférieur à la moitié du capital, une assemblée générale doit décider de la dissolution de l’entreprise ou de mesures en vue d'assurer la continuité, stipule le Code des sociétés.
Sous perfusion de ses actionnaires
Dès 2010, Mamma Roma va se maintenir grâce à des augmentations de capital. Une quinzaine, selon l’historique des statuts modifiés de la société, pour un montant global d’environ 17 millions d’euros. La direction a bien engagé un plan de « restructuration », les fermetures des restaurants en étant une conséquence.
Étonnamment, l’entrepreneur Frédéric de Gaiffier, dernier CEO entré dans la récente valse des gérants (4 en quatre mois) pour redresser la barre, relativise les circonstances en évoquant à La Libre des projets d’expansion ibérique pour l’usine Mamma Roma de Gembloux. Le site de production, qui occupe 30 personnes sur les 36 employés, fournit des clients retail ainsi que des acteurs du foodservice tels que Exki et Le Pain Quotidien. Pour les pizzerias, en revanche, aucune perspective précise.
Escalade judiciaire
En attendant, épingle L’Echo, une bataille judiciaire entre actionnaires perdurant depuis 2017, date d’un rapprochement avorté entre Mamma Roma et Dr Oetker, pourrait emmener les parties au pénal : un trio d’actionnaires minoritaires (détenant 34% du capital) accusent les majoritaires, emmenés par un ancien administrateur d’AB InBev, Charles Adriaenssen (>45%), successeur par alliance du groupe brassicole, d’avoir maquillé les comptes opportunément.
Les actionnaires minoritaires dénoncent un sérieux déficit de transparence et de gouvernance chez Mamma Roma. Bien que la direction affiche un discours résolument optimiste quant à l’avenir de l’entreprise, ils déplorent qu’aucun plan de redressement à cinq ans n’ait été communiqué. Enfin, après l’échec d’une médiation, les « petits » actionnaires réclament désormais la nomination d’un mandataire de justice.




