Emmanuel Didion (Horeca Wallonie): « Nos entreprises ne peuvent pas se permettre cette incertitude »
- François Remy

- il y a 16 heures
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Face aux aveux d'impréparation du gouvernement à propos de son propre tax shift, le président de la Fédération Horeca Wallonie insiste sur le fait que le « choc » de la TVA est aussi préoccupant que « le manque de structure, de clarté et de dialogue ».

« La TVA portée à 12% est une décision sans mode d’emploi ». Les vifs débats parlementaires sur les mesures du budget, à l'issue desquels le gouvernement a malgré tout obtenu son vote de confiance, ont confirmé ce qu'Emmanuel Didion redoutait : l’augmentation de la TVA a été décidée avant même que ses modalités d’application ne soient définies. L'exécutif fédéral maintient ainsi toute une industrie dans un flou juridique et économique intolérable.
« Aucune clarté concernant la restauration scolaire, aucune visibilité pour les maisons de repos et les repas collectifs, incertitude totale pour les hôtels, la vente à emporter et les services de livraison », a déploré le directeur de l’hôtel Martin’s Agora et président de la Fédération Horeca Wallonie.
Dans un contexte marqué par l’inflation, la hausse des coûts d’exploitation et une instabilité prolongée depuis plusieurs années, cette surtaxation pourrait causer des effets pervers : une hausse mécanique des prix, une perte de compétitivité, un risque accru pour l’emploi, et une détérioration de la visibilité indispensable aux investissements.
« Et, surtout, ce que les entreprises ne peuvent pas se permettre : de l’incertitude. L’inquiétude ne porte pas uniquement sur la hausse de la taxe. Elle concerne le manque de structure. Le manque de prévisibilité », affirme Emmanuel Didion. L'impréparation des décideurs politiques brouille toute planification commerciale ou logistique, alors que les acteurs sectoriels doivent déjà adapter leur offre à un environnement économique sous tension.
Le président de la Fédération Horeca Wallonie en appelle à une communication rapide et cohérente de la part des autorités : « Comment les entreprises peuvent-elles s’adapter si personne ne sait comment la mesure sera réellement appliquée ? »
Il réclame un encadrement clair, concerté et applicable, estimant qu’une décision fiscale ne peut être efficace que si son implémentation est anticipée et techniquement maîtrisée. La critique constructive d’Emmanuel Didion met en lumière un enjeu récurrent dans la politique économique belge : l'incohérence, l’écart entre la prise de décision et sa traduction en mécanismes opérationnels.
« Décider est une chose. Mettre en place une mesure de manière structurée et réaliste en est une autre », confie-t-il, quelques mois à peine après avoir bien expliqué que l'horeca n'avait pas besoin de privilèges mais d'un cadre cohérent.
Une Belgique moins hospitalière ?
Si l'incertitude règne quant à l'application de la nouvelle taxe sur la restauration livrée ou à emporter, Emmanuel Didion alerte aussi sur « un risque que la Belgique ne peut pas ignorer »: la hausse de la TVA sur l'hébergement. Là aussi, le doublement du taux de TVA de 6% à 12% constituerait une erreur stratégique qui place le pays à contre-courant de ses voisins européens. « La France, l’Allemagne, l'Italie utilisent une fiscalité réduite comme levier d'attractivité touristique », épingle le general manager du Martin's Agora.
Le gouvernement De Wever s'apprêterait donc à infliger un choc tarifaire, estimé à +5,7%, à un tissu économique aux marges déjà érodées et « composé majoritairement de petites entreprises et d’hôtels familiaux, profondément ancrés dans leurs régions et essentiels de PME familiales ». Les études en la matière semblent formelles : dans un marché où la sensibilité au prix est déterminante, cette hausse poussera inévitablement la clientèle vers l'hébergement non professionnel type Airbnb ou vers des destinations concurrentes plus compétitives, menaçant directement la vitalité des écosystèmes locaux.
L'impact ne se limitera pas à une baisse de fréquentation, mais enclenchera une réaction en chaîne destructrice pour l'investissement et l'emploi. « Il ne s’agit pas de cas isolés, mais d’une tendance européenne bien documentée. D’autres pays ont déjà vécu des conséquences similaires : en Croatie, la demande de loisirs a chuté deux fois plus vite que la moyenne européenne; au Portugal, les régions de l’intérieur ont enregistré plus de 12% de nuitées en moins; aux Pays-Bas, des petits hôtels ont fermé ou cessé d’investir après des hausses fiscales successives », détaille Emmanuel Didion.
Les projections basées sur les précédents européens indiquent que chaque point de TVA supplémentaire grève les investissements, freinant net les efforts de rénovation, de digitalisation et de transition durable indispensables au secteur. Plus interpellant encore, au seuil critique de +6 points, ce choc fiscal menace entre 5000 et 8000 emplois directs, souligne le président de la Fédération Horeca Wallonie. Et de ponctuer : « Cette hausse de TVA n’a rien d’un simple ajustement technique, elle constitue une décision stratégique dont les effets se répercuteront durablement sur l’emploi, l’investissement et la vitalité économique des régions belges ».



