« 14.000 euros pour huit coquilles » : Quand la facture de carburant transforme des produits prisés en risques financiers
L'équation énergétique actuelle met des filières d'approvisionnement sous tension. Cette situation influence directement la disponibilité, les coûts logistiques et, in fine, les marges des acteurs de la restauration. Exemple avec les coquilles Saint-Jacques.

La visibilité sur l'approvisionnement s'obscurcit. Prenons la situation de la pêche au Royaume-Uni. Le carburant marin a plus que doublé en six mois, selon les chiffres relayés de la Fédération nationale des organisations de pêcheurs (NFFO). Ce qui représente désormais jusqu’à 40 % du coût d’une sortie en mer. En conséquence, des flottes restent à quai à travers l'Europe. La pression se répercute sur les cartes.
L’exemple rapporté par Bloomberg illustre la fragilité du modèle : un armateur a consommé environ 6 000 litres de gazole pour rejoindre, exploiter puis quitter une zone de pêche en une journée... pour ne rapporter que huit coquilles Saint-Jacques. « Au prix actuel, le carburant à lui seul pour un tel voyage coûterait environ 12 000 £ », soit plus de 14.000 euros.
La Saint-Jacques est le produit le plus exposé. Le dragage du fond marin est énergivore, tandis que la cueillette à la main exige une main-d’œuvre coûteuse. Mais cette toute la chaîne logistique qui subit une intense tension tarifaire. Pression qui s’arrête pas au quai. Le produit doit être réfrigéré, emballé et transporté, parfois sur de longues distances ; boîtes, polystyrène, cartons, étiquettes et glace alourdissent encore la facture.
Au marché londonien de Billingsgate, un grossiste s'alarme auprès de Bloomberg : « Nous avons certains poissons dont le prix n'a tout simplement aucun sens ». Il ajoute : « C'est le principal sujet de conversation. Tout empire ». Les coûts logistiques explosent, comme chez ce distributeur qui en témoigne aussi: le carburant des camionnettes a bondi de 60 % en 18 mois.
Des coûts qui grimpent, des prix qui suivent, des achats qui se détournent
Les prix du poisson frais et réfrigéré ont progressé de 11,4 % sur un an en septembre, le surgelé de 10 %. D'après l'organisme public de soutien à la filière Seafish, toujours cité par Bloomberg, les consommateurs pourraient se tourner vers le surgelé. Certains poissonniers se replient sur de la chair de Saint-Jacques préparée en Écosse, les coquilles locales devenant trop chères. Les hausses concernent aussi des produits de base: raie, maquereau, églefin et saumon ont aussi renchéri.
Pour l'industrie de la restauration, le risque est double : renchérissement du coût matière et arbitrage des clients vers des alternatives moins chères. Face aux prix affichés, le comportement des consommateurs évolue radicalement. « Les gens viennent, regardent, regardent encore, on pense qu’ils vont acheter, puis ils s’en vont », selon une autre vendeuse de poissons interrogée.
Il n'y a pas de répit immédiat à l'horizon. Les pays du G7 s’orientent vers la libération de barils de pétrole de leurs stocks d’urgence. Les organisations de pêcheurs réclament un soutien public direct, jugeant les allègements existants insuffisants.






