« Plus d’un milliard de commandes » : la chevauchée fantastique de la licorne belge Deliverect
- François Remy

- 23 janv.
- 5 min de lecture
Partie de Gand il y a moins de dix ans, la plateforme de gestion s’est rapidement hissée parmi les acteurs foodtech les plus stratégiques de la restauration mondiale. Deliverect soutient plus de 70.000 établissements sur les marchés internationaux et a franchi le cap symbolique du milliard de commandes traitées. « En route vers le prochain milliard », s’enthousiasme le fondateur et CEO, Zhong XU.

Plus de 4200 nouveaux points de ventes. Rien qu’en décembre dernier. « Il nous a fallu presque trois ans pour atteindre ce chiffre… et aujourd’hui, nous le faisons en un seul mois », s’étonne Zhong Xu. Ce natif de Shanghai se remémore ses débuts dans la foodtech quand, adolescent, il bidouillait des sites web « très moches » pour des restaurants chinois. Il était loin de se douter à l’époque que, une fois devenu ingénieur informatique à l’Université de Gand, ses logiciels serviraient aujourd’hui les plus grandes marques alimentaires du monde.
Comme beaucoup d’acteurs du numérique, Deliverect a connu une accélération décisive pendant la crise du coronavirus. Lorsque la livraison et le click-and-collect sont devenus des conditions de survie pour les restaurateurs, sa plateforme qui centralise et synchronise les commandes issues de multiples canaux est passée du statut d’outil utile à celui d’infrastructure critique.
Depuis, l’entreprise a changé d’échelle. Présente dans plus de 50 pays, la licorne belge embarque aussi bien des restaurants indépendants que des chaînes internationales comme KFC, Burger King ou Pizza Hut. L’année dernière, Deliverect a d’ailleurs franchi un cap symbolique avec plus d’un milliard de commandes traitées via sa plateforme.
« À l’heure de pointe, près de 100 commandes transitent chaque seconde par son infrastructure », détaille le co-fondateur, se félicitant d’avoir aidé ses partenaires de l’horeca et du retail à générer « plus de 25 milliards de dollars de chiffre d’affaires ».
Le pari américain, une stratégie « All-in »
La scale-up belge revendique une ambition mondiale, mais sa trajectoire reste très ancrée aux États-Unis. Il y a quelques années, la direction prend une décision stratégique claire : concentrer ses efforts sur le marché de référence mondiale pour le foodservice. Un pari risqué, assumé et visiblement payant.
« Nous avons maintenant plus de 30 000 points de vente actifs en Amérique. Nous sommes un acteur incontournable sur ce marché. Nous alimentons les restaurants qui nourrissent ce pays, d’un océan à l’autre », assure Zhong Xu, incroyablement fier de son équipe locale, qui voit transiter chaque semaine des millions de commandes.
Pour l’anecdote, lors des célébrations du 4 juillet dernier, la direction soulignait avec humour que son logiciel avait « probablement vu plus d'emojis hamburger que l'Américain moyen n'en voit dans toute une vie ».
Une infrastructure « scalable » plutôt que des gadgets criards
À rebours de nombreuses start-up qui multiplient les outils visibles, Deliverect revendique un positionnement plus fondamental : celui de « la plomberie numérique de la restauration ».
La plateforme connecte les restaurants à l'économie de la livraison (Uber Eats, DoorDash, etc.), en gérant les intégrations complexes avec les caisses enregistreuses (POS), la fiscalité et les menus en temps réel. L’entreprise technologique venue de Belgique construit une infrastructure sur laquelle d’autres activités peuvent réellement changer d’échelle.
« Pour les restaurateurs : moins de friction, plus de croissance. C’est là que se trouve la valeur à long terme. L’avenir de la restauration reposera sur une infrastructure scalable », estime l'ingénieur de formation.
L’IA comme nouveau levier opérationnel
Nouveau coup de cravache dans cette chevauchée, l’intelligence artificielle. Deliverect a multiplié les annonces dans ce domaine, avec une stratégie résolument orientée vers l’opérationnel.
Parmi les innovations figure Resolve, une solution de vision par ordinateur destinée à réduire les erreurs de commandes et à contester les remboursements injustifiés. Les résultats communiqués par les clients de la première heure faisaient état d’une « protection de 70% contre la perte de revenus et de 44 % de baisse des remboursement en seulement 3 mois».
Autre initiative notable : le lancement de la première bibliothèque d’agents IA spécifiquement conçue pour la restauration. Ces agents automatisent des tâches critiques telles que la gestion des pics de commandes, la régulation des flux, l’A/B testing, l’analyse post-service, et s’adaptent à chaque établissement et canal.
« Ne nous croyez pas sur parole. Aux Pays-Bas, KFC a automatisé sa campagne Secret Box Meal avec l'agent de promotion dynamique et a enregistré plus de 1 000 codes produits en quelques heures sans aucune intervention manuelle, et une augmentation des ventes de 118 % en une seule journée », épingle Zhong Xu.
Du logiciel invisible au produit tangible
Si Deliverect opère majoritairement en arrière-plan, certaines de ses solutions rendent désormais la technologie visible pour le consommateur final. C’est le cas de son kiosque de commande déployé notamment chez Joe & The Juice, aux Galeries Lafayette. Cet appareil permet aux clients de commander plus rapidement, tout en permettant aux exploitants de gérer en temps réel les aléas comme les ruptures de stock.
« Je suis tombé tout à fait par hasard sur notre borne en me baladant à Paris. Je me suis assis et j'ai observé pendant plus de 30 minutes. Les clients l'utilisaient. Les commandes affluaient. Le service était fluide. Surtout lorsqu'ils sont tombés à court d'avocats : ça a été gérée de manière naturelle, de sorte que même sur la borne, on ne pouvait pas commander les articles qu'ils ne pouvaient plus préparer. Magique ! », témoigne le patron, avouant candidement que « ce moment m'a plus touché que n'importe quel chiffre de vente ou annonce de financement. »
Pour les enseignes, l’impact est mesurable : hausse du ticket moyen, augmentation des ventes additionnelles et réduction drastique des files d’attente. En introduisant le kiosque Deliverect, Enrique Moisés Villa, Directeur des Opérations pour Pizza Hut en Espagne et au Portugal, témoigne d'un impact difficile à ignorer : 5% d'augmentation du ticket moyen, 22% de hausse des ventes additionnelles (upselling), 30% de commandes en plus par heure et 90% de réduction des files d'attente.
« Le personnel est passé de la gestion des files d'attente à la concentration sur l'expérience. Pizza Hut a débloqué des revenus qui avaient toujours été là, simplement cachés derrière la friction », confirme l’entreprise.
Cap sur le prochain milliard... de valorisation ?
Pour Deliverect, le cap est déjà fixé : traiter des centaines de millions de commandes supplémentaires, continuer à structurer un secteur fragmenté, et faire de l’IA un standard opérationnel plutôt qu’un simple argument marketing.
Pour mémoire, la société belge a décroché le statut de « licorne », valorisée à 1,4 milliard de dollars, en janvier 2022 à la suite d'un financement (Série D). Une étape qui, au-delà de l'aspect purement financier, confirmait pour Deliverect la pertinence de sa mission, alors qu’elle atteignait presque les 100 millions de commandes…
Lancée avec la conviction que « les restaurants méritent une meilleure technologie », la licorne gantoise ne semble pas près de s’essouffler.










