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Encore un crowdlending éclair: le groupe gantois MTM a levé 300.000 euros en 24 heures

il y a 10 heures
5 min de lecture
Quiconque sort à Gand s’est probablement déjà retrouvé chez MTM sans le savoir. De leur premier café, le Mòris, ouvert en 2015 dans le quartier médiéval de la ville, à leurs dix établissements horeca, Jean-Michel Teerlinck et Julien Malingreau ont bâti en peu de temps un joli petit groupe d'hospitality. Et « MTM passe à la vitesse supérieur », propulsé par sa campagne de crowdlending lancée jeudi et déjà finalisée aujourd'hui.

© WINWINNER
© WINWINNER

Soixante-neuf investisseurs. Placement moyen de 4300 euros. Cette campagne de prêts subordonnés intervient deux semaines après le record de crowdlending (1 million en trois heures) établi par La Patate, l’enseigne de friteries portée par l’icône du web Average Rob mais aussi un groupe d'hospitality gantois nommé… MTM. Les coïncidences sont rares.


Lancée ce jeudi 24 septembre sur la plateforme de financement participatif Winwinner, la campagne « MTM passe à la vitesse supérieure » a atteint son plafond bien avant l’échéance fixée trente-trois jours plus tard. Ce résultat financier émet un signal commercial intéressant pour un secteur horeca belge décrit comme en crise.


D'emblée, une forte capacité de mobilisation. MTM est parvenue à réunir une somme conséquente auprès d’investisseurs particuliers en 24 heures, ce qui semble témoigner de l’attractivité de ses dirigeants, Jean-Michel Teerlinck et Julien Malingreau, et de ses établissements existants (Mòris, Millie Vanillie, Ray, ZwartWit, Eltòn, Dragòn, Antòn, De Lieve, Etienne Etienne, Circe, Bianca).


« Le fait que tant de personnes s’impliquent pour MTM nous rend encore plus enthousiastes et ambitieux », postait ce matin Jean-Michel Teerlinck, expansion manager chez Lidl dans une vie antérieure à l’aventure entrepreneuriale, en voyant le compteur frôler les 180k euros en à peine seize heures.


Le succès du crowdlending, offrant entre 4,5 et 9% de taux d’intérêt annuel brut, semble illustrer l’effet de réseau dans le milieu gantois. Plus modeste que La Patate mais non moins remarquable, la levée de MTM tend à confirmer un engouement actuel pour des concepts horeca disposant déjà d’une communauté, d’une visibilité locale ou d’une marque identifiable.


Chacune des enseignes s'est vue attribuer son propre concept « du biercafé au club de danse en passant par la salle d'événements, répartis dans le centre-ville de Gand ». Une structure qui a le mérite d’accorder « une identité propre et marquée » à chaque adresse, « tout en partageant la même force commerciale, portée par les mêmes entrepreneurs et la même organisation », a fait valoir la direction de MTM.


Fonds de roulement et phase d’expansion


La somme que MTM a récolté via Winwinner vient s’ajouter à 330.000 euros d’un financement bancaire, déjà approuvé, afin de couvrir le développement des quatre établissements les plus récents mais aussi la reprise d'une adresse réputée de Gand, sans en dévoiler le nom. S’agirait-il du Foyer, lieu emblématique au premier étage du théâtre NTGent? De la Brasserie Ha', logée dans l’édifice rénové de la Handelsbeurs ? De la Brasserie Pakhuis, dans cet ancien entrepôt rénové en plein coeur historique de la ville ? Ou d’une adresse inattendue ? L’info n’a pas encore filtré.


La documentation du prêt n’évoque que « la reprise d'une brasserie bien établie, prévue pour octobre 2026, suivie d'un rafraîchissement de l'établissement ». Un établissement qui dispose déjà d'une clientèle et d'un chiffre d'affaires jugé suffisant, auquel MTM compte apporter son organisation centralisée, la gestion financière, les RH, l’administration et le marketing passant par le siège. D’ailleurs, point à mentionner quant aux 50 collaborateurs, les économies d’échelle via un bassin d’emplois flexibles : le personnel est partagé entre les établissements, « ce qui permet d'absorber les pics d'activité et les ouvertures sans devoir reconstruire une équipe à chaque fois. »



En parallèle, pour parer la concentration de leurs activités au sein d'un marché gantois très concurrentiel, Jean-Michel Teerlinck et Julien Malingreau s'adressent à différents segments grâce à leurs dix concepts distincts. Cette diversification permet à MTM de couvrir différents moments de consommation et budgets au sein de l’horeca gantois : du verre quotidien au café jusqu'au dîner, à la fête ou à l'événement d'entreprise.


Reste que les revenus proviennent majoritairement de clients particuliers, qui paient au comptant eux, tandis que la facturation B2B représente une part limitée. Et avec plus de dix ans d'expérience et dix établissements au centre de Gand, la croissance semble au rendez-vous : le chiffre d'affaires est passé de 5,78 millions d'euros en 2023 à une prévision de 9 millions d'euros pour cette année.


L'analyse des comptes annuels 2025 du groupe met en évidence un basculement en perte nette, à hauteur de 150.000 euros, dû à la précédente phase d’expansion opérationnelle et d'investissement financée par de l'endettement. Ce qui a détérioré la rentabilité nette, le fonds de roulement et la solvabilité.


À ce propos, la direction de MTM a précisé que 430.000 euros seraient alloués à la fameuse reprise, et 200.000 euros étofferaient les fonds de roulement. « Le montant levé via Winwinner est considéré par la banque comme de l'apport personnel et finance le fonds de roulement. Ce fonds de roulement est destiné aux établissements ouverts en 2026 ainsi qu'à la structure organisationnelle sous-jacente », explique la fiche de la campagne.


Dépassement symbolique des 10 millions en 2027


« Entre 2024 et 2026 a eu lieu la plus importante vague d'investissements à ce jour, avec De Lieve, Etienne Etienne, Circe et Bianca », remet en contexte le groupe gantois. Naturellement, un nouveau point de vente génère des coûts avant des revenus. « Les dépenses courent dès le premier jour, tandis que la clientèle se constitue au fil des mois. Le fonds de roulement permet de faire la jonction durant cette période, évitant à MTM de devoir restreindre son développement au moment où ces établissements fidélisent leur public. »


Le management prévoit ainsi que les plus récentes adresses contribueront pleinement au chiffre d'affaires et aux résultats à partir de 2027. Les prévisions se montrant plutôt positives : « Les chiffres intermédiaires à fin juillet 2026 affichent 4,76 millions d’euros de chiffre d'affaires et 294.000 euros d'EBITDA, soit une hausse de 23 % et 18 % respectivement par rapport à la même période l'an dernier », ventile MTM.


Pour l’année prochaine, Jean-Michel Teerlinck et Julien Malingreau tablent dès lors sur une poursuite de la croissance, visant 11,63 millions d’euros de chiffre d'affaires et 1,24 millions d’euros d'EBITDA, « principalement grâce à la contribution à plein régime des établissements récemment ouverts ». Le plan d'affaires repose donc entièrement sur l'hypothèse d'une montée en puissance sans accroc des nouveaux établissements.


Le groupe gantois s'engage dans une nouvelle course contre la montre pour prouver la résistance de son modèle avant d'être rattrapé par son niveau d'endettement. Soixante-neuf prêteurs croient que MTM aura suffisamment de liquidités pour tenir le cap. La moindre dérive de masse salariale, hausse des coûts d'approvisionnement ou faiblesse de montée en charge des volumes privera de flux de trésorerie nécessaires.


« La poursuite de l'expansion accroît la complexité opérationnelle en matière de personnel, d'achats, de planning et de gestion quotidienne », épingle-t-on chez MTM, en toute connaissance de cause. « Des problèmes au sein d'un ou plusieurs établissements ou une maîtrise insuffisante de cette complexité croissante pourraient entraîner une hausse des coûts, une baisse des marges ou des résultats décevants. » 


Cela dit, que s’est-il passé depuis l'inauguration du Mòris sur la Klein Turkije, cette petite artère située juste au nord de l’église Saint-Nicolas, entre la Korenmarkt et le Korenlei ? Les fondateurs n'ont-ils pas pris pour habitude d'ouvrir un nouvel établissement presque chaque année ? Certes, la prudence financière objecterait que les performances du passé ne présupposent pas des réussites dans le futur. À Jean-Michel Teerlinck et Julien Malingreau de démontrer qu’ils ne cherchent pas à être partout, mais à être justes à chaque endroit. Pour que les clients repartent avec le sentiment d’y avoir passé leur meilleur moment.





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