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Déménager son restaurant d’Overijse à Lasne : un village voisin mais un environnement d'affaires si distinct

En migrant de quelques kilomètres vers la commune la plus riche de Wallonie, le chef Alain Bianchin qui vient de récupérer son étoile au Michelin n'a pas seulement changé d'adresse, il a changé de dimension. Entre hausse des prix assumée, affluence canalisée et équipe soudée, analyse d’un transfert minutieusement opéré.

© La Table-Lasne by Alain Bianchin
© La Table-Lasne by Alain Bianchin

Seize kilomètres seulement séparent l’ancienne maison, sise sur la Chaussée de Bruxelles à Overijse, de la nouvelle table, établie sur la rue du Try Bara à Lasne. Mais le repositionnement géographique et le ciblage socio-économique ne semblent pas fortuits. En s’installant dans la commune la plus riche de Wallonie, Alain Bianchin passe d'une zone où il était littéralement obstrué à un écosystème où les habitudes de consommation et le pouvoir d'achat semblent en adéquation avec une offre gastronomique étoilée.


Ce transfert abaisse une certaine barrière psychologique liée au prix. La clientèle locale est plus encline à commander des menus complets et des vins de qualité, sécurisant ainsi le revenu par tête. Le chef a d’ailleurs opéré une hausse significative de ses tarifs, de 18% pour la formule lunch et de 24% pour le menu à quatre services. Cela dit, le fait que les montants restent perçus comme « raisonnables » aux yeux de la critique montre que la proposition de valeur reste forte.


Cette hausse participe à couvrir plus sereinement des coûts fixes et d'améliorer la marge brute. Surtout si le volume de fréquentation se maintient au niveau de l’affluence qu’enregistrait La Table-Lasne peu après son ouverture : une moyenne de 60 à 70 couverts par jour. Sacrée performance pour une cuisine de ce standing. Ce volume laisse supposer une rotation efficace des tables, notamment grâce à la formule lunch en semaine qui peut attirer une clientèle « business ».





La proposition de plusieurs formules, du lunch rapide au menu dégustation en 6 services, permet de segmenter l'offre. En proposant des menus adaptés au temps et à l'envie, l'établissement essaie de maximiser son taux d'occupation. Cette polyvalence permet de ne pas s'enfermer dans une offre élitiste uniquement, tout en affichant des options à plus haute contribution (menus longs + forfaits vins adaptés) pour optimiser le ticket moyen.


Détail de taille, l’équipe de La Maison a suivi le chef à La Table, notamment Gilles Hequet, son second depuis sept ans, qui fait figure de pilier de la stratégie opérationnelle. Dans un secteur marqué par un fort turnover, cette fidélité est un avantage compétitif. Le binôme partage une exigence et une sensibilité communes. Cette stabilité garantit la régularité de l'assiette, critère déterminant pour les inspecteurs du Michelin, et réduit les coûts de formation. Sans oublier qu’elle permet au chef de se concentrer sur la gestion globale et le développement stratégique.


Le modèle d'artisan passionné restera fragile s'il ne s'adjoint pas une dimension de chef-entrepreneur, où l'excellence culinaire est soutenue par une structure financière robuste.




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