40 millions d’euros réinjectés pour « soutenir la flexibilité » du géant des surgelés Ardo
- François Remy

- il y a 20 heures
- 3 min de lecture
L’opération financière a été menée avec discrétion chez le leader flamand des fruits et légumes surgelés. Contacté, le groupe Ardo confirme la manœuvre et l'encadre laconiquement dans sa stratégie.

Du beurre dans les épinards surgelés. Les actionnaires d'Ardo Foods, le centre de contrôle du groupe agro-industriel basé à Ardooie, ont porté le capital de la société de 50 millions à 90 millions d'euros, selon l'acte reprenant les grandes lignes de l'assemblée extraordinaire qui s’est tenue le 29 juin consulté par Gondola Foodservice. Cette injection d’argent frais a été effectuée sans émission de nouvelles actions et apparaît comme souscrite et libérée « intégralement par l'actionnaire unique », sans autres détails.
Un tel apport en numéraire sert généralement à améliorer la solvabilité, à restructurer des dettes, à financer des projets ou à absorber des investissements récents. Le fait que le capital social soit ainsi doublé en intragroupe laisse penser à une certaine nécessité. Reste à savoir par quels mécanismes de réallocation de trésorerie, les liquidités devant potentiellement provenir des propres réserves d'autres filiales, ou de revalorisation de créances, sans que des capitaux ne sortent du périmètre consolidé du groupe belge.
Contactée à ce propos, l’entreprise Ardo nous confirme la manœuvre mais ne la circonstancie qu’en quelques mots : « Cette opération interne a été réalisée au sein d’Ardo dans le cadre d’une optimisation de la structure du capital de l’entreprise, s’inscrit dans la stratégie à long terme du groupe et soutient sa flexibilité financière ».
La déclaration souligne que le transfert s'est déroulé exclusivement en circuit fermé et présente la restructuration financière de manière proactive, pour ne pas dire rassurante. Cela évite la perception d'une intervention en urgence et renvoie l'image d'un groupe familial solide qui réinvestit pour accompagner son évolution industrielle.
La facture de la transformation
Plus qu'un simple ajustement comptable, la décision de réinjecter 40 millions d'euros dans Ardo Foods doit émaner de l'entreprise belge Riward, où siègent principalement les membres de la famille fondatrice Haspeslagh ainsi qu'un actionnaire minoritaire (à 20%) d'Ardo, le family office The Nest de Els Thermote, héritière fortunée du groupe industriel TVH. Cette société holding Riward chapeaute le groupe de production végétale à travers un maillage international de 48 filiales (dont 10 en Belgique, 8 en France ou encore 7 au Royaume-Uni). Une constellation dans laquelle Ardo Foods se distingue à bien des égards.
Contrairement aux entités belges bénéficiaires qui s'occupent de la production, telles que Ardo Ardooie, Hesbayefrost ou Dujardin Foods, Ardo Foods a connu deux exercices comptables financièrement éprouvants : une perte de plus de 24 millions d'euros accusée sur la période arrêtée au 30 juin 2025, selon les derniers comptes annuels disponibles, succédant à un déficit massif de près de 40,8 millions l'année précédente.
Ces pertes consécutives ont mécaniquement érodé les fonds propres de la société. Toutefois, ces turbulences ne sont pas liées à une défaillance du marché; il s’agit du coût de la transformation. Dans un projet baptisé « Bridge », Ardo Foods a été repositionnée dans un rôle de « Global Supply Chain Company », devenant le centre névralgique de l'approvisionnement mondial, tandis que les activités commerciales ont été transférées vers les autres divisions.
Bâtir un tel hub logistique a un prix de transition que la direction a dû assumer. Dans ce contexte de tension bilantaire, l'augmentation de capital prend tout son sens. En restaurant les fonds de sa clé de voûte, les actionnaires du groupe Ardo démontrent leur volonté et leur capacité à offrir la fameuse flexibilité financière pour poursuivre la mutation structurelle.







